Débat national sur les énergies
Dimanche 14 mars 2010          
Le débat
Organisation
Rencontres régionales
Contributions
Forum
Chat
Initiatives partenaires
Initiatives partenaires
Charte des Partenariats
Espace documentaire
Presse
Questions / Réponses
Quiz
Lexique

Deuxième table ronde - Comment relever le défi de l’effet de serre et de la pollution de l’air ? - Bordeaux24 avril 2003

Participaient à cette table ronde :

Gérard MEGIE, Président du CNRS

Dominique DRON, Directrice de la Mission interministérielle sur l’effet de serre

Philippe LAMELOISE, Directeur d’Airparif

Jean-Pierre LEGALLAND, Directeur technique à l’Union française des industries pétrolières

Alain MALLET, représentant des Verts des Landes

Jean-Louis ZULIAN, Directeur Airaq

Damien GIVELET

Nos intervenants sont particulièrement nombreux. Nous avons parlé du scénario catastrophe lié à la fonte de la banquise, au recul des glaciers et à l’expansion des déserts africains. En Europe, certains phénomènes météorologiques, comme la tempête de décembre 1999 ou les inondations historiques de l’été dernier en Europe centrale, sont extrêmes et tendent à se multiplier. Ces phénomènes sont-ils occasionnels ? Sont-ils les signes d’un dérèglement durable du climat ? Bien entendu, l’effet de serre est soupçonné de jouer un rôle de premier plan. Il nous appartient aujourd’hui d’évoquer les grandes évolutions climatiques des dernières décennies. Pour aborder ce sujet, je vous propose de regarder un court film réalisé sur le parvis de La Défense, à Paris. Comment l’homme de la rue conçoit-il l’effet de serre ?

Un film est diffusé à l’assemblée.

Les personnes interrogées dans le cadre de ce micro-trottoir s’accordent toutes sur un point : depuis quelques années, on assiste à une disparition des saisons. Nombre d’entre elles imputent ces évolutions climatiques inquiétantes à l’industrialisation poussée et plus particulièrement à l’effet de serre. D’autres regrettent que certains pays répugnent à s’aligner sur les recommandations issues du sommet de Kyoto.

I.             Qu’est-ce que l’effet de serre ?

Damien GIVELET

Monsieur Mégie, vous êtes Président du CNRS. Que recouvre l’effet de serre ?

Gérard MEGIE

L’effet de serre est un phénomène atmosphérique. Il constitue l’une des raisons pour lesquelles la vie a pu se développer sur la terre. L’énergie présente à la surface de la terre provient du soleil. Sans atmosphère, la température sur Terre avoisinerait les – 18 degrés. En d’autres termes, l’eau à l’état liquide n’existerait pas, comme sur la planète Mars où les températures sont très basses. L’atmosphère terrestre contient des gaz qui absorbent une partie du rayonnement émis par la Terre et qui le renvoient vers la surface terrestre. Cette énergie supplémentaire a permis de maintenir une température moyenne de quinze degrés. C’est donc grâce à l’effet de serre, qui permet un réchauffement de l’air, qu’il existe un équilibre de la vie à la surface de notre planète. En un mot, l’effet de serre est un phénomène naturel qui est responsable d’un accroissement de température, lequel a permis le développement de la vie.

Damien GIVELET

Tous les gaz de l’atmosphère se conduisent-ils de la même manière ? Présentent-ils les mêmes capacités d’absorption ?

Gérard MEGIE

Fort heureusement, tel n’est pas le cas. L’azote et l’oxygène ne jouent aucun rôle dans l’effet de serre. Ils absorbent une partie du rayonnement en provenance du soleil. Certains gaz seulement alimentent l’effet de serre additionnel : le méthane, le gaz carbonique, etc. Dans l’atmosphère de la terre, chaque gaz a un rôle qui lui est propre. Les gaz à effet de serre renvoient essentiellement au gaz carbonique, mais il ne faut pas oublier que la vapeur d’eau est la principale responsable de l’effet de serre naturel. Actuellement, les activités humaines ne perturbent pas le cycle de la vapeur d’eau.

Damien GIVELET

D’où proviennent les gaz à effet de serre produits par l’homme ?

Gérard MEGIE

Toute combustion donne lieu à un rejet de gaz carbonique. Une part importante de ce gaz provient donc des activités industrielles, de la production d’énergie ou du transport. En outre, l’homme transforme la surface terrestre en coupant des arbres. Or vous n’êtes pas sans savoir que les plantes transforment, par photosynthèse, ce gaz carbonique en oxygène. En coupant un grand nombre d’arbres, nous portons donc atteinte à un certain équilibre. Si l’on considère le méthane, on mettra en jeu les activités agricoles. Ce gaz de fermentation est produit dans les rizières, dans l’estomac des ruminants. C’est aussi le gaz naturel utilisé dans la vie domestique et l’industrie. En d’autres termes, les activités humaines viennent perturber des cycles naturels préexistants. Pour bien cerner le problème, il faut avoir une idée des constantes de temps liées à ces perturbations. Ces phénomènes ne sont pas instantanés. Dans l’atmosphère, le méthane a une durée de vie de dix ans. Pour le gaz carbonique, le problème est différent. Dans l’atmosphère, il faut plus de deux siècles pour revenir à l’équilibre. Ces paramètres sont importants à prendre en compte lorsque l’on cherche à corriger les effets des émissions.

II.          Le réchauffement climatique

Damien GIVELET

Quelles sont les conséquences de l’effet de serre sur le réchauffement climatique ?

Gérard MEGIE

Nous sommes certains que la concentration de certains gaz à effet de serre a considérablement augmenté au cours des 200 dernières années. Aujourd’hui, la concentration en gaz carbonique s’élève à quelque 365 millionièmes, contre 280 millionièmes à l’ère préindustrielle, ce qui représente une augmentation de 30 %. De la même façon, la concentration de méthane a plus que doublé. Il ne fait donc aucun doute que la concentration en gaz à effet de serre dans notre atmosphère est de plus en plus élevée. Pour autant, nous n’avons pas encore établi de lien direct de cause à effet entre ce constat et les changements climatiques observés depuis quelques décennies. En la matière, il faut distinguer la réalité et la perception des phénomènes. Pour l’heure, aucun lien de causalité n’été démontré par les scientifiques. Toutefois, nous disposons d’un ensemble d’indicateurs qui, eux, sont tous compatibles avec les effets attendus de l’effet de serre additionnel : augmentation de la température moyenne, fonte des glaciers, élévation du niveau des mers…

Damien GIVELET

Des modifications climatiques sont intervenues dans le passé. Vous semblez dire qu’à l’heure actuelle, ces modifications évoluent beaucoup plus rapidement.

Gérard MEGIE

Nous avons connu de nombreux changements climatiques. Il y a 20 000 ans, la Terre connaissait une période glaciaire et la température moyenne était de cinq à six degrés inférieure à celle qu’elle est aujourd’hui. Aujourd’hui, nous mettons en évidence des changements beaucoup plus rapides. Les changements que nous avons connus au cours du dernier siècle correspondent au passage d’une ère glaciaire à une ère interglaciaire qui se fait naturellement sur plusieurs milliers d’années. . L’activité humaine peut donc perturber fortement le climat sur une durée très courte.

Damien GIVELET

Quelles sont les conséquences pour l’homme ?

Gérard MEGIE

Aujourd’hui, il est difficile de les déterminer avec exactitude. Nous utilisons des projections pour mesurer ce qui pourrait se passer à l’échelle du siècle. Toutefois, les incertitudes sont très fortes. Ainsi, nous ne comprenons pas parfaitement le système. Des incertitudes pèsent également sur notre comportement. Quelles énergies fossiles émettrons-nous au cours du siècle ? Aujourd’hui, nous fixons la fourchette des températures à l’échelle de 2100 entre des valeurs comprises entre 1,5 et six degrés supplémentaires. Certaines conséquences peuvent être prévues. Elles renvoient aux changements de régime climatique, aux niveaux de précipitation et à l’élévation du niveau des mers dont certains effets nous atteindrons rapidement. Par exemple, les deltas des grands fleuves connaîtront de grands changements. Concernant les écosystèmes, certaines régions subiront de grandes périodes de sécheresse ou de précipitation accrue. Les incertitudes scientifiques restent cependant fortes. Personne, aujourd’hui, n’est capable de prédire avec précision ce qui va se passer.

Damien GIVELET

Par exemple, la tempête de 1999 et les inondations qu’ont connues l’Allemagne et la République Tchèque sont-elles liées à l’activité humaine ?

Gérard MEGIE

Aujourd’hui, les scientifiques n’affirment pas que la responsabilité de l’homme est directe dans ces phénomènes qui sont déjà produits dans le passé, au rythme, pour certains d’entre eux, d’une survenance par siècle. Par conséquent, dans la mémoire collective, les grandes tempêtes qui ont précédé celle de 1999 n’existent pas. Aujourd’hui, la perception du risque est accrue par les moyens d’information. Nous pensons en revanche que, dans les climats plus chauds, ce type de phénomène va se produire avec une fréquence accrue.

Damien GIVELET

Certaines entreprises comme EDF ont intégré cette problématique dans leurs stratégies de développement.

Gérard MEGIE

Il faut prendre en compte à la fois l’aléa naturel et la notion de risque.

Damien GIVELET

Monsieur Mallet, quelle est votre opinion sur les bouleversements écologiques ? Partagez-vous l’avis de Monsieur Mégie ?

Alain MALLET

Je pense que Monsieur Mégie a parfaitement posé le problème. Pour ma part, je voudrais insister sur la rapidité des changements que nous observons. Celle-ci est incompatible avec le rythme d’adaptation des espèces. Depuis 150 ans, les processus d’industrialisation ont eu un impact fort sur notre environnement. L’homme n’a toutefois pas le temps de s’adapter à ces grands changements, si bien que nous pouvons craindre de grands bouleversements écologiques. De nombreux cycles naturels, en particulier celui du carbone, vont être modifiés. Concernant l’élévation de la température moyenne, les experts estiment qu’elle sera comprise entre quatre et six degrés. Ainsi, nous pouvons craindre que le niveau des eaux n’augmente de 120 mètres.

Gérard MEGIE

Je conteste votre appréciation. L’élévation du niveau des mers est liée à la dilatation de l’océan. Le problème de la fonte des glaces est différent car l’échelle de temps est beaucoup plus longue. Une variation de 120 mètres supposerait effectivement que l’intégralité de la calotte glaciaire fonde d’ici à cent ans. A priori, ce phénomène prendra plusieurs siècles. De plus, aujourd’hui, nous sommes incapables de dresser un bilan de la quantité de glace présente sur l’Antarctique. Si chacun constate la dérive d’icebergs dont certains ont la même superficie que le Luxembourg ou la Corse, rares sont ceux qui peuvent, dans le même temps, mesurer le niveau des précipitations au pôle Sud et prévoir  son évolution.

Alain MALLET

Il n’en demeure pas moins que les évolutions actuelles sont très rapides. Elles induiront indubitablement des conséquences dramatiques pour l’homme : élévation des eaux, réchauffement du climat, réapparition de maladies disparues, modification des courants océaniques. A cet égard, une inversion du Gulf stream conduirait à une baisse de quatre degrés sur les côtes françaises, ce qui ne serait pas sans conséquence sur la fréquentation touristique. Etant très attaché à ma région, je me demande ce qu’il adviendra des sommets enneigés des Pyrénées ! Phénomène beaucoup plus grave, rien ne permet de prévoir l’évolution du permafrost, couche d’hydrate composée essentiellement de méthane. Nous ignorons quelle élévation de température est nécessaire pour le libérer dans l’atmosphère.

Gérard MEGIE

Les glaciers sont extrêmement importants car ils constituent d’importantes réserves d’eau. En outre, ils conditionnent une large part de l’hydrologie des régions montagneuses. Or on ne fait pas seulement la guerre pour le pétrole ; on l’a fait également pour l’eau. Par rapport aux conséquences des changements climatiques, la prise en compte de la problématique de l’eau est absolument fondamentale. La redistribution des ressources conduira à des déficits accrues dans certaines régions, ce qui entraînera d’autres boucles de réaction du système social.

III.      Quelles mesures contre l’effet de serre ?

Damien GIVELET

Il nous faut donc réduire la croissance de l’émission des gaz à effet serre. Mais dans quelle proportion cela vous semble-t-il raisonnable ?

Gérard MEGIE

Je m’exprimerai sur la base des études scientifiques qui ont été réalisées sur le sujet. Si nous souhaitions que stabiliser la situation, il nous faudrait réduire l’émission du gaz carbonique dans l’atmosphère d’un facteur deux, ce qui est considérable. Si nous allons vite, nous pourrons faire en sorte que la présence de gaz carbonique dans l’atmosphère n’excède pas le double de son niveau de concentration préindustriel. A l’heure actuelle, les scientifiques n’envisagent pas que nous puissions éviter un doublement de la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère.

Damien GIVELET

Certaines solutions techniques existent. Que pensez-vous, par exemple, des puits de carbone ?

Gérard MEGIE

Les puits de carbone visent à utiliser la capacité de réaction de la biosphère. Les forêts ne sont des puits que lorsqu'elles sont en croissance et elles absorbent à peu près ce qu'elles rejettent par décomposition du bois. Même s’il reste à étudier le phénomène dans la durée, cela peut être une idée intéressante. Toutefois, les puits de carbone dépendent beaucoup de l’utilisation qui en est faite. A moins de couvrir toute notre planète de forêts denses, cette solution ne saurait suffire.

L’implantation de forêts aurait en outre des conséquences sur l’absorption du rayonnement solaire.  Qui augmenterait et réchaufferait de façon accrue la surface de la terre, ce que nous voulons précisément éviter. Dans ces conditions, il est particulièrement complexe d’identifier les effets exacts de ces corrections à court terme.

Damien GIVELET

Madame Dron, vous êtes Directrice de la Mission interministérielle sur l’effet de serre. Je souhaiterais évoquer avec vous les différents indicateurs comparatifs qui sont utilisés notamment lors des négociations internationales. Quels sont les pays les plus producteurs de gaz à effet de serre ?

Dominique DRON

Je partage l’analyse de Monsieur Mégie sur les conséquences de l’activité humaine sur la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. D’après le dernier rapport du GIEC (Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat), la concentration du gaz carbonique sera croissante. J’illustrerai par quelques données la situation de certaines zones géographiques. Ainsi, les Etats-Unis représentent 23 % de la consommation mondiale. L’Europe représente pour sa part 15 % de la consommation et le Japon 5 %. En termes de consommation de C02 par habitant, l’Inde consomme une tonne par habitant, le Brésil 1,5, la Chine moins de 2,5, la France 6,5, l’Union européenne 8,5, les pays candidats autour de 9, la Russie près de dix et les Etats-Unis autour de vingt. Ces éléments sont pris en compte dans les négociations, malgré les Etats-Unis qui ne souhaitent pas consentir des efforts en la matière avant que les pays en voie de développement n’aient commencé à le faire.

Damien GIVELET

A cet égard, pouvez-vous nous dire quelques mots du Protocole de Kyoto ?

Dominique DRON

Il faut distinguer plusieurs groupes de pays. En 1992, à Rio, les Etats se sont engagés à maintenir les émissions de la planète au niveau de 1990. Or les émissions ont augmenté de 10 %. En 1997, à Kyoto, les pays industrialisés se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 5,5 %. L’Union européenne, pour sa part, s’est engagée à réduire ses émissions de 8 % entre 2008 et 2012 par rapport au niveau de 1990. Or force est de constater que la diminution annoncée n’a pas excédé 3,5 %. Aux Etats-Unis, les émissions ont augmenté de 14 %, et au Japon de 10 %. Parallèlement, les émissions de gaz à effet de serre dans les pays en voie de développement ont crû de 35 %. Les réalités sont cependant fort différentes d’un pays à l’autre. Ainsi, le Brésil a augmenté ses émissions de 50 % et l’Inde de 65 %, mais la Chine a connu une baisse comprise entre 10 et 15 %. Pour une bonne partie des pays en voie de développement, la maîtrise de la consommation énergétique fait partie intégrante de leurs conditions de développement.

Damien GIVELET

Lorsque les Etats-Unis continuent de polluer et refusent de signer le Protocole de Kyoto, ils pénalisent toute la planète.

Dominique DRON

Absolument. L’effet de serre n’a pas de frontière. Par rapport à la table ronde précédente, je tiens à préciser que la Commission européenne n’a aucun pouvoir de décision en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les négociations relèvent de l’initiative des Etats.

Damien GIVELET

Que fait justement la France pour réduire l’effet de serre ?

Dominique DRON

La France s’est fixée pour objectif de stabiliser, d’ici à 2008, ses émissions de gaz à effet de serre au niveau de 1990. En 2001, ce pari est tenu. Toutefois, il convient de préciser que les réductions enregistrées au plan industriel ont été strictement compensées par le secteur ménager, en particulier au niveau des transports. Aujourd’hui, ce secteur se situe au niveau qu’il aurait dû atteindre en 2010.

Damien GIVELET

Le mauvais élève est donc le transport.

Dominique DRON

Je n’emploierai pas ce terme car le problème est fondamentalement systémique. Il ne suffit pas de penser que seul un nombre d’énergies et de secteurs doit être maîtrisé. Il faut déterminer de quelles énergies dépendent les secteurs concernés. En France, le pétrole est consommé dans le transport à hauteur de 65 %, mais le transport dépend du pétrole à 98 %. Si un problème de pénurie de pétrole venait à se poser, le secteur du transport serait durement pénalisé.

Damien GIVELET

Peut-on imaginer une taxe à la tonne de gaz carbonique émise ?

Dominique DRON

Cette taxe a été mise en place par plusieurs pays. Cette éventualité a été attentivement étudiée par l’Union européenne, mais elle a été rejetée. Quoi qu’il en soit, je suis convaincue que pareille mesure ne saurait suffire. Il n’existe malheureusement pas de solution miracle pour réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

Aujourd’hui, d’autres pistes de progrès, discutés dans le cadre du renforcement du Plan Climat, sont envisagées. Ainsi, nous pouvons beaucoup attendre des innovations technologiques, sachant cependant que celles-ci ne seront pas appliquées avant une trentaine d’années. La technologie permettra de réduire la consommation énergétique unitaire et de recourir à de nouvelles énergies comme l’hydrogène. Je pense, par ailleurs, que les émissions de gaz à effet de serre pourraient être considérablement réduites en diminuant le poids des véhicules. En outre, en cycle urbain, plus les voitures sont puissantes, plus elles consomment.

Damien GIVELET

Je me tourne donc vers le Directeur technique de l’Union française des industries pétrolières. Quelle est votre position, Monsieur Legalland ?

Jean-Pierre LEGALLAND

Je rappellerai que de nombreuses modifications sont intervenues dans la composition des carburants, notamment dans le cadre d’auto oil 1 et 2. Pour prendre un exemple il est prévu de mettre à partir de 2005, sur le marché, des carburants à 10 ppm de soufre qui permettront la mise sur le marché de nouveaux moteurs encore plus économes en énergie. Au niveau européen, le gain sera de 20 à 30 % de CO2 en moins soit environ 200 millions de t/an et de 20 à 35 ù de Nox en moins soit 1.5 millions de t/an.

Par contre cela entraînera une émission supplémentaire de l’ordre de 15 millions de t/an de CO2 en raffinerie. Le bilan global sera donc très positif mais le gain sera au niveau des transports (et de l’automobiliste) et la charge en raffinerie.

Dominique DRON

Pour ma part, je crois beaucoup au développement des transports modaux tant pour les marchandises que pour les voyageurs. Cette solution suppose des choix clairs en matière d’infrastructures et d’investissements. De même, de véritables marges de progrès pourraient être dégagées si nous adoptions une nouvelle approche urbanistique. L’extension des villes produit nécessairement une explosion du transport. A mon sens, l’urbanisme doit concourir à une diminution de la vulnérabilité pétrolière. En outre, il apparaît aujourd’hui que les hypermarchés sont dix fois plus consommateurs d’énergie que ne peut l’être un ensemble de petits commerces de proximité. Nous devons améliorer les autres générateurs de transport que sont les produits et l’organisation de l’espace et de la production. Pour réduire émissions de gaz à effet de serre, il serait en effet intéressant de nous pencher plus avant sur la re-localisation des systèmes de production par une meilleure prise en compte du coût de transport des matières premières en amont des processus de production.

Damien GIVELET

J’en déduis qu’une augmentation des tarifs de transport servirait la cause écologique.

Dominique DRON

C’est exact. Aujourd’hui, le marché des camionnettes explose en raison de la multiplication des livraisons de petite quantité. Nous devons adopter de nouveaux comportements.

Damien GIVELET

Monsieur Mallet, quelle est votre opinion sur les changements de comportement que chacun sera amené à opérer dans sa vie quotidienne ?

Alain MALLET

Je partage l’avis de Madame Dron, mais n’oublions pas que de nouvelles solutions, comme le gaz naturel, se font jour dans l’industrie du transport. A mon avis, les réserves de gaz naturel sont très importantes. En raison des difficultés d’exploitation, les sociétés ont largement sous-estimé les ressources. A mon sens, il nous faut promouvoir cette nouvelle énergie.

Damien GIVELET

Il convient toutefois de préciser que les véhicules équipés de moteur à explosion présentent un réel problème. Leur autonomie est en effet très limitée.

Alain MALLET

Cette énergie est très adaptée aux flottes de gros véhicules. Comme le soulignait Madame Dron, il importe de changer de comportement. Autrement dit, le consommateur se doit désormais d’adopter une attitude volontariste. Sur les énergies renouvelables, nous devons « percuter », comme le disait Aimé Jacquet. En la matière, force est de constater que la France enregistre un retard conséquent.

Damien GIVELET

Tout reste à faire.

Alain MALLET

Oui. Nous avons le deuxième potentiel européen en matière d’énergie éolienne. Certaines collectivités locales n’hésitent pas à prendre des mesures innovantes. Ainsi, la Mairie de Meaux a mis en place un complexe géothermique particulièrement innovant.

Damien GIVELET

Les techniques sont toutefois fort coûteuses.

Alain MALLET

Il s’agit d’un problème de TVA.

Damien GIVELET

Monsieur Lameloise, qu’est-ce que la pollution atmosphérique locale ?

Philippe LAMELOISE

La pollution atmosphérique renvoie à l’émission dans l’atmosphère de substances nuisibles. Nous avons constaté que certaines substances avaient un effet local sur la santé des personnes, la végétation, les écosystèmes ou les bâtiments. Elles produisent en effet des particules en suspens qui noircissent les murs, les statues, etc. J’en veux pour preuve les Chevaux de Marly, en bas des Champs-Élysées, qui ont été gravement endommagés et qui ont été remplacés par des copies.

Damien GIVELET

Quelle est la part des hydrocarbures dans la pollution locale ?

Philippe LAMELOISE

Il faut bien comprendre que la pollution, fait objectif, est perçue par l’opinion publique au plan local. 44 % des Européens se déclarent inquiets des problèmes de pollution atmosphérique, ce qui montre que la perception de ce phénomène est essentiellement locale. De même, 63 % des citadins français considèrent que la pollution augmente dans les villes.

Damien GIVELET

Est-il vrai que l’on respire moins bien dans les villes ?

Philippe LAMELOISE

Les émissions atmosphériques sont très nombreuses. Elles s’ajoutent au gré du développement des activités humaines. Certains de nos concitoyens ont le sentiment d’avoir des difficultés à respirer en ville. Il est indubitable que l’on respire mal en ville, en ce sens que la qualité de l’air y est moins bonne. Ce phénomène a pourtant toujours existé. J’en veux pour preuve la pollution au plomb de la ville de Rome, sous l’empire romain.

Damien GIVELET

Qu’en est-il à Bordeaux ?

Jean-Louis ZULIAN

Nous observons, à Bordeaux comme dans de nombreuses villes en France, une forte diminution de la concentration en monoxyde de carbone. Nous avons récemment achevé une étude portant sur 200 kilomètres de voirie bordelaise. Nous avons ainsi constaté une nette amélioration. Pour autant, je reconnais que nous ne respirons pas un air totalement pur.

Philippe LAMELOISE

Depuis 1990, en milieu urbain, nous avons réduit de 60 % les polluants dits classiques, c'est-à-dire les Nox et le benzène.

Damien GIVELET

Quid de la pollution au diesel ?

Jean-Pierre LEGALLAND

Pour autant que je le sache le diesel vient , en matière d'émission de particules ,loin derrière le résidentiel(combustion du bois) et la construction.

En outre , de nombreux progrès sont a venir . Il me parait clair , concernant les plafonds d'émission français , que ceux concernant les Composes organiques volatils et le SO2 seront largement tenus. En ce qui concerne les NOx c'est moins sur et il faudra attendre la mise en place des nouveaux moteurs évoques précédemment pour qu'il le soit. Ce sera donc plutôt 2012 que 2010 .

Je rappelle aussi qu'entre 1990 et 2010 en Europe les polluants "urbains" verront leurs émissions réduites de 70%(NOx) a 85%(benzène) ,les autres (SO2,plomb ,Cov...) se situant entre ces deux valeurs.

Damien GIVELET

Il faut donc installer des filtres à particules sur les véhicules.

Jean-Pierre LEGALLAND

Pas nécessairement.

Philippe LAMELOISE

A mon sens, le discours est trop global. Une fois encore, je tiens à insister sur le fait que globalement, les niveaux moyens de concentration en particules polluantes sont en diminution. Il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui, 3,5 millions de Franciliens sont exposés à une atmosphère dont la qualité est inférieure aux normes minimales que nous nous sommes fixées.

Damien GIVELET

Il faudrait également évoquer le problème des deux-roues.

Philippe LAMELOISE

Plusieurs progrès sont possibles, notamment pour le parc des véhicules individuels, car la réglementation européenne est très stricte sur ce sujet. Les progrès sont moins assurés s’agissant du parc des véhicules utilitaires lourds.

Damien GIVELET

Vous pensez que la ville de Rome est polluée par les deux-roues.

Philippe LAMELOISE

Rome doit résoudre deux problèmes, le benzène et les oxydes d’azote, principalement en raison des Vespas.

E-CARTE ELECTRONIQUE Imprimer cette page Recommander cette page Participer au forum Actualités